Gaulliste ? Vraiment ?

Je me suis déjà interrogé sur la 5e Constitution, rédigée en catimini par quelques hommes à un moment où la France partait en cacahuète…

Et voilà que je tombe sur cette interview du Général de Gaulle.

Prenez le temps de l’écouter, elle permet de mieux comprendre l’esprit de la 5e République et de sa constitution. Surtout, elle démontre à quel point le Général de Gaulle était un visionnaire. Voici un extrait de ce qu’il disait alors :

Nous avons fait, j’ai proposé au pays de faire la constitution de 58 après les drames que vous savez, et dans l’intention que, d’ailleurs, j’avais annoncée de la façon la plus formelle et la plus publique, de mettre un terme au régime des partis. Il s’agissait d’empêcher que la République, l’Etat, fut, comme il l’était avant, à la discrétion des partis. Et c’est dans cet esprit que la constitution a été faite, et c’est dans cet esprit, que je l’ai proposée au peuple qu’il l’a approuvée, je suis sûr, qui l’a approuvée dans cet esprit. Alors, si malgré l’enveloppe, malgré les termes, malgré l’esprit de ce qui a été voté en 58, les partis se réemparent des institutions, de la République, de l’Etat, alors évidement, rien ne vaut plus. On a fait des confessionnaux, c’est pour tâcher de repousser le diable, mais si le diable est dans le confessionnal, alors, ça change tout. Or ce qui en train d’être essayé, c’est, par le détour de l’élection du Président de la République au suffrage universel, de rendre l’Etat à la discrétion des partis. Car comment peut marcher la constitution de 58, et comment marche-t-elle ? Et marche-t-elle très bien, je crois, depuis sept ans ? Elle marche grâce à un chef d’Etat qui n’appartient pas aux partis, qui n’est pas délégué par plusieurs partis, et même à plus forte raison, par tous, qui est là pour le pays, qui a été désigné, sans doute, par les événements, mais qui, en outre, répond à quelque chose qui est commun à tous les Français par-dessus les partis et qui est leur intérêt commun, leur intérêt national. C’est comme ça que la constitution marche depuis 58. Si, à la place de ce chef d’Etat qui est fait pour empêcher que la République ne retombe à la discrétion des partis, on met un chef d’Etat qui n’est que l’émanation des partis, alors, je vous le répète, on n’aura rien fait du tout, et tout ce qu’on aura écrit dans la constitution ne changera rien à rien. On en reviendra à ce qui était avant, avec, peut-être, quelques formes légèrement différentes, mais on en reviendra au gouvernement – si tant est qu’on puisse l’appeler comme ça – des partis. Et ce serait, j’en suis sûr, comme j’en ai toujours été sûr, une catastrophe nationale.

Eh oui, il faut le constater : la catastrophe nationale annoncée par le Général de Gaulle est arrivée. La France vit de nouveau sous l’ère des partis politiques et les conséquences sont là. L’idée même d’un président « au-dessus » des partis n’existe plus…

Charles de Gaulle reconnaît le rôle des partis politiques, mais pour lui ils doivent pouvoir jouer pleinement un rôle électoral en proposant des idées au travers des représentants élus qui les défendront — au sein de groupes parlementaires — à l’Assemblée nationale. Par contre, ils ne doivent jouer aucun rôle au niveau gouvernemental. En clair, le gouvernement ne doit pas dépendre d’un (ou plusieurs) parti(s) politique(s).

Dès lors, quand on voit tous ces politiciens gluants se targuer d’incarner les valeurs du gaullisme, on ne peut que s’interroger… non ? Et que dire quand ils vont en pèlerinage sur la tombe du général ? Le pauvre, s’il les voyait…

Conclusion : La Ve république est morte !

Mais ce n’est pas tout. Comme vous le savez, nous sommes de plus en plus nombreux a réclamer le passage au fédéralisme. Soit ce qu’envisageait de faire le général de Gaulle quand il a soumis la question aux Français en 1969 (enfin, lui voulait encore confier les régions aux préfets, mais ça aurait été une étape cruciale) et qu’ils refuseront, provoquant son départ.

Voici son discours du 25 avril 1969

Et que dit-il ?

Parce que d’abord, il s’agit d’apporter à la structure de notre pays un changement très considérable. C’est beaucoup de faire renaître nos anciennes provinces aménagées à la moderne sous la forme de régions, de leur donner les moyens nécessaires pour que chacune règle ses propres affaires, tout en jouant son rôle à elle dans notre ensemble national. D’en faire des centres où l’initiative, l’activité et la vie s’épanouissent sur place.

ou encore

C’est beaucoup d’associer la représentation des activités productrices et les forces vives de notre peuple à toutes les mesures locales et législatives, concernant son existence et son développement.

Et il parle même de la monnaie

Je continuerai, avec votre appui, de faire en sorte quoi qu’il arrive, que le progrès soit développé, l’ordre assuré, la monnaie défendue, l’indépendance maintenue, la paix sauvegardée, la France respectée.

Comment dire ? Après avoir bien analysé la chose, les seuls qui peuvent se revendiquer du gaullisme sont bel et bien les autonomistes qui se battent pour leur région, leur langue et leur culture.

Les autres, ceux qui se disent gaullistes et votent pour les partis politiques qui forment désormais « le régime des partis », le général de Gaulle doit tout au mieux vous considérer comme des traîtres et sans doute des collabos… Eh oui, il ne suffit pas de se revendiquer du Grand Homme, il faut aussi en avoir l’étoffe !

Publié par

Jean-François Mattler

Je suis un poisson du 7 mars 1965. Bien que né à Mulhouse et ayant grandi à Wittenheim, je suis un arrière-petit-fils de Sundgauviens, de Waldighoffen et de Riespach côté paternel et de Walheim et Altkirch, côté maternel. N’en déplaise à un Premier ministre de la France, binational franco-suisse (nationalité suisse non assumée), d’origine catalane par son père, je suis du peuple alsacien !

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